Mesmer et l'influence politique de son temps

Si Mesmer est généralement considéré comme un homme apolitique, se tenant à l’écart des luttes politiques, la lecture de son dernier ouvrage Mesmérisme ou système des influences paru en 1814 paraît au contraire révéler un lien entre la théorie du magnétisme animal et sa philosophie morale. Le contexte politique le plus marquant de sa carrière est sans conteste la révolution française durant laquelle Mesmer n’est plus en France depuis près de quatre ans et son approche tombé légèrement en désuétude.

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La période révolutionnaire

Si le lien avec la révolution est l’esprit révolutionnaire est vain à trouver dans son approche, Mesmer a tout de même été sensibilisé à la question sociale. Après avoir été chassé de Vienne, Mesmer s’installe à Thurgovie où il acquiert la citoyenneté communale en 1794. Lors de l’invasion française, Mesmer sort de son silence et rêve d’un nouveau triomphe parisien. Il écrit à son disciple Ségretier le 20 avril 1798 et propose trois mesures :

  • L’établissement d’une école normale de l’art de guérir pour y former les officiers de santé ;

  • La nomination dans chaque commune d’un officier de santé en charge de soigner gratuitement la population ;

  • La création d’un culte national auquel seraient adjoints les procédés du magnétisme animal.

C’est dans cette approche (mais également pour réclamer le paiement de sa pension de rentier à l’Etat français) que Mesmer revient à Paris en décembre de la même année. Il demande la création d’une chaire dans un hospice pour servir d’école normale de l’art de guérir et annonce la publication de sa méthode sous le titre : Mémoire de F.A. Mesmer, docteur en médecine, sur ses découvertes (an VI). Mais son retour n’est plus attendu et ses disciples ont depuis longtemps rompu les liens d’amitié. Après deux années à se morfondre à Versailles, il abandonne tout projet de reconquête du magnétisme animal et quitte définitivement la France en 1802 avec l’ensemble de ses papiers.

Sa pensée politique se cache en réalité non pas dans des actes (il n’a pas pris une part active dans les mouvements révolutionnaires), ni dans les pamphlets mais au contraire dans son approche de la pensée médicale. L’idée même du fluide magnétique est associée à l’harmonie sociale au cœur de son organisation politique.

L’harmonie universelle et la doctrine politico-médicale

Sa pratique du magnétisme, principalement en France, le conduit à passer d’une approche focalisée sur l’existence physique d’un fluide magnétique à une approche harmonique, mélangeant l’harmonie du corps physique, du corps social et l’harmonie universelle. En arrivant à Paris en 1778, Mesmer se heurte à un corps médical conservateur et hostile à son approche novatrice qui serait l’égal d’une découverte de physicien (proche de celle proposée par Newton). De plus Ingenhousz a déjà prévenu les autorités scientifiques françaises et Mesmer reçoit donc une fin de non-recevoir du monde scientifique.

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Ni une ni deux, basculement vers une cible qui ne le trahira pas et pour cause : les malades qui voient en nombre leurs douleurs disparaitre. Le monde médical n’étant pas encore structuré, le nouveau parisien parvient sans difficulté à ouvrir son cabinet qui déborde grâce au bouche à oreille. Sa pratique migre de l’influence d’un fluide entre les corps célestes et les humains à l’influence de l’énergie entre les êtres humains. Le magnétisme change de statut, d’une thérapie individuelle à une thérapie collective autour de la notion d’harmonie.

Cette harmonie fait référence à un ordre général du monde (universelle) et à l’équilibre entre les organes du corps. C’est bien évidemment une référence au microcosme macrocosme mis en place par les paracelsiens. Ce macrocosme regroupe en plus chez Mesmer la vie des êtres humains en société, société idéale qui est « celle qui résulte des rapports que notre organisation bien ordonnée doit produire ». Le baquet permettra de retrouver cet accompagnement social accompagné de la musique au cœur de cette recherche d’idéal.

Décidant d’imposer son approche non par le corps scientifique qui l’a exclut sans l’entendre ni sur l’aide du roi (et plus précisément de Marie-Antoinette), Mesmer s’oriente sur l’appui du public éclairé. C’est appuyé par ses amis l’avocat Bergasse et le banquier Kornmann qu’un projet de souscription de 240.000 livres (environ 3 millions d'euros) est posé chez un notaire en 1783. Le nom est tout trouvé et symbolise son approche : la Société de l’Harmonie Universelle. Ce qui est proposé : un cours complet sur le magnétisme animal, c’est-à-dire les clefs de sa théorie. La proposition est alléchante, le contenu beaucoup moins. Mersmer est critiqué de garder secret ses découvertes en ne faisant référence qu’à des thèses matérialistes et spiritualistes qui surprennent ses partisans qui s’éloignent alors du maître.

La relation de Mesmer avec l’argent est en effet évidente. Certes il propose bien l’accès à un arbre pour les plus pauvres mais son vrai business concerne la classe aisée parisienne. Les cours qu’il donne le 1er mai 1784 devant 104 personnes sont payées 100 louis par personnes. Un auteur anonyme la même année montre le scandale de la situation : « « Quelle magie ! Mesmer a pris un grand appartement : il a une grande salle : il a un baquet, des petites verges de fer; on y entend de la musique : il lui faut 50, 100 louis : tout le monde s’y voit ». Les Débris du baquet, ou Lettre critique de la requête de Mesmer, Paris, les Marchands de Nouveautés, 1784, p. 16-21

Moreau, « Un disciple de Mesmer, Charles Deslon »

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Le succès est à l’image du nombre de patients qu’il reçoit. Plus de deux cents personnes souscrivent en quelques mois. Ce nouvel engouement, qui attire la classe aisée parisienne, suscite des craintes car malgré la somme énorme demandée, le succès est au rendez-vous en concerne des noms illustres de la France de la fin du siècle dont le marquis de La Fayette pour n’en citer qu’un et deux enquêtes du gouvernement avec l’accusation de guérisons provenant de l’imagination et le départ de Mesmer (enrichi par cette souscription).

Ce dernier retour marque la fin de Mesmer en France. Ce magnétiseur a véritablement marqué les esprits et la culture de cet art. Homme populaire pour reprendre une terminologie plus récente, on a écrit plus de 200 ouvrages à son sujet durant sa vie et presque un article par jour durant son séjour à Paris. Il a fortement marqué les esprits même si son approche politique reste plus un effet d'aubaine qu'un véritable engagement.