Mesmer et le baquet

Les étapes de la découverte de la théorie de Mesmer sont progressives et le fruit de ses expérimentations. Abandonnant l’aimant au profit du magnétiseur (humain), Mesmer découvre que le fluide est inhérent à chaque personne et qu’une thérapie efficace va passer non par l’utilisation du seul fluide du magnétiseur mais bien par l’énergie d’un grand nombre de souffrants. Mais comment réunir ensemble le fluide de toutes les personnes ?

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Les raisons de l’utilisation du baquet

Pour répondre à cette problématique, le docteur met au point le baquet qui a fait son triomphe et sa perte. Il s’agit de créer ce que l’on qualifie aujourd’hui de chaîne magnétique qui consiste à utiliser non pas le fluide d’une seule personne mais de toutes les personnes présentes. Mesmer évoque cette action à travers les termes d’interactions et de réciprocités. Il évoque ce dernier terme dans ses Mémoires de la manière suivante : « Si un mouvement de la matière subtile est provoqué dans un corps, il se produit aussitôt un mouvement semblable dans un autre susceptible de la recevoir, quelle que soit la distance entre les corps. Cette sorte de circulation est capable d'exciter et de renforcer en eux les propriétés analogues à leur organisation, ce qui se concevra facilement en réfléchissant sur la continuité de la matière fluide, et sur son extrême mobilité toujours égale à sa subtilité ».

Le baquet tient également un rôle de frapper l’imagination et de fixer et soutenir l’attention des malades. Cette invention n’est pas sans rappeler celle du docteur Graham auquel il donne le nom de Temple de la santé qui a pour but de « mêler l’utile à l’agréable et de joindre la magnificence à l’art de guérir ». Ce médecin écossais utilisait également les miroirs pour refléter la lumière et la musique.

L’organisation des séances

Les personnes souffrantes sont reliées ensemble par un système de corde autour d’un baquet rempli d’eau magnétisé, d’éclats de verre, de pierre et de limaille de fer dans lequel ils trempent chacun une tige de fer dont ils appliquent l'autre bout sur la partie malade de leur organisme. Lorsque tout le monde est installé, Mesmer tourne autour pour diriger le fluide par les mains ou le regard.

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Lors du passage à l’état de crise, le patient était conduit dans une pièce adjacente tapissée de matelas. Le soin est théâtralisé avec la disposition de grands miroirs, des ornements astrologiques autour des patients, l’harmonica de verre qui avait la réputation de toucher à l’âme et d’ébranler les nerfs. Il s’agit à travers cette action de remettre en circulation le fluide contenu à l’intérieur de l’organisme, travail encouragé par la musique jouée durant les séances (Mesmer pratiquait le clavecin et le violoncelle).

Une invention pas si nouvelle

L’origine du baquet est-elle à attribuer exclusivement à Mesmer ? Cette question peut porter à sourire quand on sait qu’il s’agit du symbole de son action de magnétiseur en France. Mais elle fait largement référence à l’expérience de la « bouteille de Leyde » réalisée pour la première fois aux Pays-Bas en 1745. Cette invention du condensateur n’est pas sans rappeler le lien entre le magnétisme et l’électricité et toutes les découvertes dans ce domaine au XVIIIe siècle. C’est en effet l’époque où l’on découvre des propriétés thérapeutiques à l’électricité. Jean-Paul Marat, plus connu aujourd’hui pour son assassinat par Charlotte Corday, était un médecin expérimentateur connu avant la révolution comme un électricien guérisseur.

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Otto von Guericke est le premier à inventer une machine à produire de l’électricité. Si cet appareil apparaît bien évidemment dérisoire aujourd’hui, il permet à l’époque d’en constater certaines propriétés comme l’attraction, la répulsion, la conduction et la luminosité. Les corps légers (comme les plumes) subissaient à son approche une action d’attirance et de répulsion. En approchant le doigt, on sentait de légères piqures. Ces premiers éléments éveillent tant la curiosité scientifique que les fantasmes de tout genre. L’étape suivante provient du chimiste et physicien français Charles-François de Cisternai du Fay qui prouve la possibilité d’électriser le corps humain. L’invention du condensateur par le professeur de physique de Leyde Petrus van Musschenbroeck qui montre que l’électricité passe à travers le corps. Il en suit l’expérience de la bouteille de Leyde qui connu un grand succès. On découvre une force naturelle invisible. Des expériences sont également réalisées à Versailles pour montrer que le courant va passer, lors d’une chaine de personne, de la première à la dernière, à l’extrémité. Il existe donc un fluide invisible qui peut pénétrer à travers l’homme et qu’il peut également produire. C’est ainsi que le lien avec le magnétisme se fait « tout naturellement ». Le pouvoir curatif de l’électricité est mis en avant avec différentes expériences réalisées sur des paralysés ou des malades mentaux.


Le médecin suisse Albrecht von Haller expérimente à son tour cette force pour les applications médicales pour constater l’effet de stimulants mécaniques, thermiques, chimiques et électriques sur les tissus musculaires. Il en déduit deux forces dans le corps humain l’une liée aux muscles et l’autres aux « fibres nerveuses ». L’électrothérapie utilise au début des années 1770 soit la bouteille de Leyde, soit l’électrisation par des pointes électriques, soit des bains électriques non sans rappeler le baquet. Le patient est alors chargé d’électricité. L’usage de l’électricité permet également une mise en scène théâtrale qui n’est pas sans jouer sur le pouvoir de guérison.


L’un de ses défenseurs Charles Hervier indiquera que le rétablissement de la santé, le retour à la distribution harmonieuse de l’équilibre se fait par « les attouchements, les impositions de la main, les baquets emmagasinant et dispensant l’énergie magnétique ».


Et les pauvres ne sont pas en reste

Mesmer était très sensible à l’argent. Les séances dans ses salons réunissent principalement une population aisée. Les demandes incessantes de la population le conduit à proposer une solution démocratique à travers un traitement collectif en plein air. Le médecin magnétise alors un arbre sur lequel viennent se positionner les malades qui potentiellement peuvent connaître une crise salutaire à l’image de ce qui se fait dans son salon.


Les clefs du succès

Comment expliquer ce succès sans précédent de l’approche de Mesmer. Sans faire référence ici au contexte intellectuel européen et Français enclin à ce changement de paradigme (qui sera étudié par la suite), faisons ici référence au succès dans la guérison.

Mesmer a connu le succès car il parvient, et c’est le moins qu’on puisse dire, à apporter une guérison aux milliers de personnes venues le consulter. Sans rentrer dans le débat de l’origine du rétablissement (psychologique ou absence de « véritable » maladie comme cela a été développé par ses détracteurs), le succès de Mesmer est indéniablement du à l’abondance des guérisons qui n’étaient pas permises par l’avancée de la médecine de l’époque. De nombreuses affections restent encore sans solution et les thérapies proposées (drogues, saignées, vidanges…), protéiformes, inconstantes et rebutants s’opposent à une méthode unique qui consiste à rétablir le courant, l’équilibre. Cette approche est soulevée par le Père Charles Hervier qui relate dans sa Lettre sur la découverte du magnétisme animal à M. Court de Gebelin l’unicité dans la vie : « Il n’y a qu’une vie, qu’une santé, qu’une maladie, par conséquent qu’un remède ».

La population est enfin prête à croire l’arrivée, avec la science, de l’impossible, de l’impensable que propose Mesmer et qui se propage à travers toutes les franges de la population, surtout les plus cultivées.