Les attaques contre Mesmer

Personne médiatique, Mesmer a concentré autour de lui non seulement les plus grandes attentes mais surtout les plus grandes méfiances. Les attaques contre sa personne et son approche ont été légion durant les quelques années qu'il a exercé à Paris.

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Un homme qui cristallise l'attention

Mesmer a véritablement bouleversé non seulement le monde du magnétisme mais également son temps. Pendant les dix années que dure son « règne » en France (de 1778 à 1788), son nom est cité tous les jours dans les journaux et ce ne sont pas moins de 200 publications qui vont voir le jour sur le sujet du magnétisme animal. Le phénomène magnétique devient médiatique et déborde rapidement du côté politique mêlant la position du roi (qui demande une enquête), les scientifiques à travers l’Académie des sciences et Société royale de médecine civile et bien évidemment l’opposition religieuse. Ces échanges tout d’abord parisien atteignent très rapidement l’ensemble de la France qui prend de tout part position par rapport à ce phénomène.

Cette surmédiatisation prend place au moment où se créé un vide dans l’évolution de la pensée suite à la disparition de Voltaire et à l’intégration de la science à côté de la religion et des esprits sceptiques. Une dimension plus spiritualiste s’ouvre dans laquelle le magnétisme va jouer un rôle catalyseur car il parvient à réunir toutes ces sphères : la science avec l’électricité, l’attractionnisme face à la physique cartésienne et à l’empirisme de Locke, et médicale . Ce condensé de modernité a donc tout pour séduire et prend une place centrale.


Les attaques contre Mesmer portent tant sur un excès de notoriété et résultats thérapeutique surprennent, son goût pour l’argent et la recherche d’une pension conséquente et à vie, la défiance des médecins à qui Mesmer oppose une réussite systématique et du corps religieux qui y voit l’intervention du diable.


Michel-Augustin Thouret, les des premiers et des plus jeunes membres de la nouvelle Société Royale de Médecine, est l’un des premiers à prouver, dans une recherche historiographique, que les travaux de Mesmer n’étaient pas originaux. C’est le travail qu’il entreprend et qui paraît en 1784 dans un ouvrage ayant pour titre : Recherches et doutes sur le magnétisme animal. Son soi-disant « innovation » remonterai en réalité dans les traitements curatifs. Ce travail, qui fait passer Mesmer pour un charlatan comme tant d’autres auxquels il faut combattre par l’instruction, le progrès des connaissances et les sciences, a déjà été entrepris quelques années auparavant avec son collègue Charles-Louis-François Andry en traitant de l’usage des aimants en médecine (Observations et recherches. Sur l’usage de l'Aimant en Médecine ou Mémoire sur le Magnétisme médicinal – mémoire lu à la Société Royale de Médecine en 1779).

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C’est ainsi que Mesmer était considéré au début de sa pratique parisienne par les auteurs comme un médecin magnétiseur plutôt orthodoxe (quoique cette discipline faisait hautement débat) avant de devenir un charlatan lorsqu’il annonçait les mêmes résultats sans utilisation des aimants. Le jeune médecin plaide au début de ses analyse pour un mensonge, Mesmer utilisant tout de même un aimant en la cachant, tout en proclamant haut et fort le contraire. Cet abus de langage d’un magnétisme « conventionnel » au profit d’un magnétisme « sympathique » qu’il faut remonter à des auteurs jugés tout aussi vagues et métaphoriques que sont les premiers théoriciens du magnétisme à partir du XVIe siècle (Paracelse, Van Helmont…et surtout Maxwell). Ces médecins de l’époque ne procédaient pas à du magnétisme pour ses homologues de la fin du XVIIIe siècle qui ne voient cette discipline uniquement comme l’utilisation d’aimants mais de procédés étranges avec des actions à distance avec un fluide qui pouvait être comparé à celui du magnétisme.


Cette réfutation du magnétisme par l’histoire fut largement reprise par les détracteurs de Mesmer. Une partie du corps médical étant persuadé que les réfutations faites il y a presque deux siècles avaient clos le sujet. Se lance presque une compétition entre médecin pour déceler les « sept erreurs » entre l’approche de Mesmer et celle de ses prédécesseurs. Mesmer prit très mal cette accusation de plagiat, considérant qu’il avait retrouver les vestiges d’une vérité connue dans les plus anciennes sociétés et préférait, pour plus de crédibilité, se placer dans la lignée de Descartes et Newton plutôt que de Paracelse et Maxwell dont il indiquait n’avoir pas eu connaissance de leur œuvres.



Les critiques se font de plus en plus pressante et pas uniquement d’autorité scientifique ou politique. L’auteur anonyme des Débris du baquet déjà cité indique par exemple : « Si je passais sur le Pont-Neuf et que j’entendisse Mesmer, après un air de trompette ou un coup de tambour, dire : Messieurs et Dames, je plaide au nom de l’humanité ; je plaide la cause du monde entier, etc., je dirais : voilà mon homme à sa place ». Jean-Jacques Paulet en 1784 poursuit sur le caractère terrifiant de son hôtel particulier :

« Tout y annonce un attrait, un pouvoir inconnu, des barreaux magnétiques, des baquets fermés, des baguettes, des cordages, des arbustes fleuris et magnétisés, divers intruments de musique, entr’autres l’harmonica, dont les tons flûtés éveillent celui-ci, donnent un léger délire à celui-là, excitent le rire, et quelquefois les peurs; joignez à ces objets des tableaux allégoriques, des caractères mystiques, des cabinets matelassés, des lieux destinés aux crises, des cris, des hoquets, des extases imprévues, etc. etc. ». Jean-Jacques Paulet, Mesmer justifié. Nouvelle édition, corrigée et augmentée, Constance, les Libraires qui vendent les Nouveautés, 1784, p. 3.

Les critiques portent également sur la technique du doigt magique dont on retrouve une caricature et du lien sulfureux que tient Mesmer avec sa clientèle. Mesmer justifie son utilisation de la manière suivante dans son Précis historique des faits relatifs au magnétisme animal jusqu’en avril 1781 : « Lorsque, par exemple, je promène sous mon doigt une douleur fixe occasionnée par une incommodité quelconque ; lorsque je la porte à volonté du cerveau à l’estomac, de l’estomac au bas-ventre, & réciproquement du ventre à l’estomac et de l’estomac au cerveau, il n’y a que la folie consommée ou la mauvaise foi la plus insigne qui puissent méconnaître l’Auteur de sensations pareilles ». Mais la planche caricaturale montrant le magnétiseur à tête d’âne en train de soigner Mademoiselle de Berlancourt de vingt deux ans atteinte de paralyse partielle montre une utilisation de la technique du doigt beaucoup plus proche d’une connotation sexuelle.


Amédée Doppet décrira un poème pour se moquer allègrement de cette posture et des mœurs du célèbre guérisseur :

« Cependant ce baquet devenant général,

Ne peut, hélas! guérir d’un certain petit mal…

Il ne peut se passer que dans le tête à tête ;

Le magnétisme alors de l’amour fait la fête.

C’est là que mon héros charmant, magnétisant,

Sous un verrou fermé dissipe un feu naissant;

Il sait trouver l’endroit pour fixer la cruelle ;

Jamais son heureux doigt ne trouve une rebelle ».


Darnton 1 984 = R. Darnton, La fin des Lumières. Le mesmérisme et la Révolution, Paris, 1 984 (1 ère éd. Cambridge, Mass., 1 968).

L.-J. Moreau, « Un disciple de Mesmer, Charles Deslon. Ses démêlés avec la Faculté », La Presse médicale 4/39, 14 mai 1932.