La doctrine de Mesmer

La doctrine de Mesmer repose sur des leçons, au nombre de 27 mais qui ne sont pas des plus explicites sur sa pratique. Il en vient, à partir de 1784 à expliquer l’action du fluide magnétique ainsi que le rôle des sensations et la cause des maladies associée à l’éducation et la vie en société (théorie développée dans Théorie du monde et des êtres organisées, ouvrage très rare distribué aux seuls souscripteurs de l’Harmonie Universelle puis approfondie dans son Mémoire sur ses découvertes 1799 et le Journal du magnétisme entre 1846 et 1848).

Stage formation magnetisme magnetiseur

Les 27 propositions

Les propositions de Mesmer, énoncées ci-dessous et publiées la première fois en 1779 dans ses Mémoires sur la découverte du Magnétisme animal, sont davantage de l’ordre des préceptes de Nostradamus (ouverts à l’interprétation et sans donnée directement exploitable) que d’un traité pratique de magnétisme qui irait donner les « recettes » de cet art. Une explication, quand cela est possible, est ainsi proposée pour mieux comprendre les propos de l’auteur. Des références aux auteurs passés est également utilisé pour montrer comment son approche s’inscrit dans une continuité, sur les traces des travaux du Dr Hoeffer dans La Nouvelle Biographie générale.

· Proposition n° 1 : Il existe une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés. Il s’agit ici de la définition de l’astrologie qui était défendue par le corps médical pendant de nombreux siècles et qui fait référence à un grand tout (macrocosme) qui agit sur des éléments plus petits (microcosme).

· Proposition n° 2 : Un fluide universellement répandu, et constitué de manière à ne souffrir aucun vide, dont la subtilité ne permet aucune comparaison et qui de par sa nature est susceptible de recevoir, propager et communiquer toutes les impressions du mouvement. C’est la référence à l’âme ou l’esprit du monde, quelque chose qui beigne et se répand partout.

· Proposition n° 3 : Cette action réciproque est soumise à des lois mécaniques, inconnues jusqu’à présent. Il ne s’agit pas en effet de faire référence à une énergie ou une action visible et mesurable mais à quelque chose de non identifiable directement par nos cinq sens.

· Proposition n° 4 : Il résulte de cette action des effets alternatifs qui peuvent considérés comme un flux et un reflux. La notion de flux et de reflux (qui concerne les propositions 4, 5 et 6) peut remonter au moins à Maxwell qui indique « cet esprit s’écoule du ciel et y reflue perpétuellement ». Il s’agit d’un va et vient dont le magnétiseur va avoir pour rôle de remettre correctement en circulation.

· Proposition n° 5 : Ce flux ou ce reflux ou moins général, plus ou moins particulier, plus ou moins composé selon la nature des causes qui le détermines.

· Proposition n° 6 : C’est par cette opération (la plus universelle de celles que la nature nous offre) que les relations d’activité s’exercent entre les corps célestes, la terre et ses parties constitutives. Le magnétiseur va aller travailler sur ces relations d’énergie entre les différentes parties de l’univers.

· Proposition n° 7 : Les propriétés de la matière et des corps organisés dépendent de cette opération. Maxwell indiquait déjà que « l’esprit universel est le père de l’esprit vital qui particularise chaque corps ; et le corps sert de base à l’esprit vital ; il le reçoit, et c’est par lui qu’il opère ».

· Proposition n° 8 : Le corps animal éprouve les effets alternatifs de cet agent : et c’est en s’insinuant dans la substance des nerfs qu’il affecte immédiatement. Il s’agit de reprendre ici la notion de flux et de reflux comme cause de maladie, comme le soutien Mead ou Stahl qui parle du mouvement tonique et convulsif de ce qu’il qualifiait d’économie animale.

· Proposition n° 9 : Il se manifeste particulièrement dans le corps humain des propriétés analogues à celles de l ‘aimant ; on y distingue des pôles également divers et opposés, qui peuvent être communiqués, changés, détruits et renforcés ; le phénomène même de l’inclinaison y est observé. La référence aux aimants dans le corps humain repose sur les expériences de Mesmer lorsqu’il tente de les « trouver » dans le corps et remonte aux travaux de Paracelse.

· Proposition n°10 : La propriété du corps animal qui le rend susceptible de l’influence des corps célestes et de l’action réciproque de ceux qui l’environnent, manifesté par son analogie avec l’aimant, m’a déterminé à la nommer magnétisme animal. La partie liée à l’influence des corps célestes reprend les éléments de la proposition 1. L’action réciproque, le lien énergétique entre les personnes trouve déjà son nom au début du XVIIIe siècle sous le terme de magnétisme médicinal.

· Proposition n° 11 : L’action et la vertu du magnétisme animal, ainsi caractérisées, peuvent être communiquées à d’autres corps animés et inanimés ; les uns et les autres en sont plus ou moins susceptibles. Le magnétisme peut s’appliquer sur tous les éléments constituants la terre. Chacun dispose d’une énergie, d’une relation de flux et de reflux qui peut être modifiée.

· Proposition n° 12 : Cette action et cette vertu peuvent être renforcées et propagées par ces mêmes corps. Chaque objet, chaque être humain peut influencer sur la puissance ou l’orientation des flux et reflux d’énergie. Maxwell indique par exemple que « l’esprit universel sera un puissant auxiliaire si vous savez employer des instruments qui en sont imprégnés : c’est là le grand secret de la magie. Un opérateur expert peut, par des procédés merveilleux, le communiquer à un corps quelconque suivant sa disposition, et ainsi renforcer les vertus des choses ».

· Proposition n° 13 : On observe à l’expérience, l’écoulement d’une matière dont la subtilité pénètre tous les corps, sans perdre de son activité. Le magnétisme va pouvoir agir à travers tous les obstacles (habits) pour pénétrer là où l’énergie n’est pas en harmonie avec l’univers.

· Proposition n° 14 : Son action à lieu à une distance éloignée, sans le secours d’un corps intermédiaire. Le magnétiseur n’a pas nécessairement besoin de « toucher » le malade pour que son action intervienne. Maxwell toujours indique que « celui qui sait agir sur l’esprit vital, propre à chaque individu, peut, à une distance quelconque, guérir par l’intermédiaire de l’esprit universel ».

· Proposition n° 15 : Elle est augmentée et réfléchie par les glaces comme par la lumière. Il s’agit ici d’une interprétation du magnétisme de Mesmer qui installe des miroirs dans ses salons afin, pour lui, de démultiplier le pouvoir accordé à son magnétisme.

· Proposition n° 16 : Elle est communiquée et propagée et augmentée par le son. Il s’agit ici d’une approche spécifique du magnétisme de Mesmer que l’on ne retrouve pas aujourd’hui avec l’intensité qu’il proposait. De nos jours, il s’agit plutôt d’ambiance musicale permettant la décontraction plutôt que de musique destinée à provoquer la transe. Kircher faisait référence au son dans le soin.

· Proposition n° 17 : Cette vertu magnétique peut être accumulée concentrée et transportée et dont le magnétiseur guérisseur peu proposer à son consultant comme aide complémentaire. Il s’agit de reprise d’éléments déjà énoncés dans les précédentes propositions.

· Proposition n° 18 : J’ai dit que les corps animées n’en étaient pas également susceptibles. Il en est même, quoique très rare, qui ont une propriété si opposée que leur seule présence détruit tous les effets de ce magnétisme dans les autres corps. Notion de résonance vibratoire entre le magnétiseur guérisseur et son patient déduite des propositions précédentes.

· Proposition n° 19 : Cette vertu opposée pénètre aussi tous les corps, elle peut être également communiquée, propagée, accumulées, concentrée et transportée, réfléchie par les glaces et propagée par le son : ce qui constitue non seulement une privation, mais aussi une vertu opposée positive. Information déjà exposée précédemment.

· Proposition n° 20 : L’aimant soit naturel, soit artificiel est ainsi que les autres corps, susceptible de magnétisme animal et même de la vertu opposée, sans que ni dans l’un ni l’autre cas, son action sur le fer et l’aiguille souffre aucune altération ; ce qui prouve que le principe du magnétisme animal diffère essentiellement de celui minéral. Mesmer tente de justifier de la différence fondamentale entre le magnétisme animal et minéral sans parvenir à convaincre car l’action est identique, seul change le moyen utilisé (aimant versus magnétiseur).

· Proposition n° 21 : Ce système fournira de nouveaux éclaircissements sur la nature du feu et de la lumière, ainsi que dans la théorie de l’attraction, du flux et du reflux, de l’aimant et l’électricité. Il ne s’agit pas ici à proprement parler d’une proposition mais plutôt d’une injonction pour le futur.

· Proposition n° 22 : Il fera connaitre que l’aimant et l’électricité artificielle n’ont à l’égard des maladies que des propriétés communes avec plusieurs autres agents que la nature nous offre et que s’il est résulté des effets utiles de l’administration de ceux-là, ils sont dus au magnétisme animal.

· Proposition n° 23 : On reconnaîtra par les faits, d’après les règles pratiques que j’établirai, que ce principe peut guérir immédiatement les maladies des nerfs et médiatement les autres. Mesmer fait ici référence aux conséquences du magnétisme, comme le confirme la proposition suivante.

· Proposition n° 24 : Qu’avec son secours le médecin est éclairé sur l’usage des médicaments, qu’il perfectionne leur action et qu’il provoque et dirige les crises salutaires, de manière à s’en rendre maitre.

· Proposition n° 25 : En communiquant une méthode, je démontrerai par une théorie nouvelle des maladies, l’utilité universelle du principe que je leur oppose. La preuve de l’efficacité du magnétisme va servir de base de référence pour prouver son utilisation.

· Proposition n° 26 : Avec cette connaissance, le médecin jugera sûrement l’origine, la nature et les progrès des maladies, même les plus compliquées ; il en empêchera l’accroissement et parviendra à leur guérison, sans jamais exposer le malade à des effets dangereux ou des suites fâcheuses, quels que soit l’âge, le tempérament et le sexe. Les femmes même en état de grossesse et lors des accouchements jouiront du même avantage. Le nouveau procédé développé par Mesmer a pour but de guider le médecin. Il persiste à travers cette proposition à s’opposer à la nouvelle approche de la médecine fondée sur le diagnostic médical qui émerge à partir du milieu du XVIIIe siècle et qui lui a valu en partie son expulsion de Vienne.

· Proposition n° 27 : Cette doctrine, enfin mettra le médecin en état de bien juger du degré de santé de chaque individu et de le préserver des maladies auxquelles il pourrait être exposé. L’art de guérir parviendra ainsi à sa dernière perfection.

La théorie de l’homme

Le magnétisme de Mesmer repose sur le matérialisme sensualiste. Le raisonnement est assez simple mais mérite de s’y arrêter quelques instants. Mesmer nous propose une approche du magnétisme (de l’homme et de l’univers indirectement) dans laquelle la nature et l’homme sont sujets à la matière et au mouvement. Plus précisément, le monde est rempli de matière et mouvement qui correspond au fluide universel qui peut être dirigé selon différents courants. La vie elle-même est liée à ce fluide qui se trouve tant sur Terre que dans les corps célestes qui jouent également leur influence. Enfin les différents corps environnant l’être humain ne sont pas sans influence.

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L’influence entre toutes ces parties est réciproque et, chose importante pour le magnétiseur, susceptible de variation. L’équilibre de ce fluide chez l’homme est le signe de la santé et indirectement son déséquilibre équivaut à un trouble. Le magnétisme va agir en rétablissant le flux normal du courant qui traverse le corps.

Cette approche se poursuit sur une théorie sensualiste de la connaissance. Il distingue :

  • Sentir quelque chose qui constitue la faculté de recevoir des impressions ;

  • Penser les choses qui consiste à organiser, comparer, combiner et modifier les sensations.

A côté de nos cinq sens, d’un sixième sens en lien avec cette énergie de l’univers : l’instinct. Il s’agit de « la faculté de sentir dans l’harmonie universelle le rapport que les êtres et les évènements ont avec la conservation de chaque individu ». Commun à tous, elle s’oppose à la raison qui est spécifique à chaque individu.

Du point de vue de l’homme en société, Mesmer fait référence à la philosophie utilitariste des plaisirs et des peines. L’homme préfère se mouvoir dans le plaisir plutôt que dans la peine qui serait source de maladie. C’est ainsi que l’homme a le devoir « de conformer ses actions à la règle de la société » qui correspond à l’harmonie. Pour parvenir à cette adéquation, et comme le propose la philosophie anarchiste un siècle plus tard, Mesmer s’accorde sur la place centrale de l’éduction des enfants. L’enfant doit être libre d’expérimenter, de « faire tous les efforts et tous les essais possibles ». L’objectif est sans conteste de « l’abandonner à l’action du fluide universel et aux influences générales et particulières des êtres qui coexistent avec lui » afin qu’il parvienne, seul, à trouver l’ordre dans lequel il doit se développer, trouver l’harmonie qui le caractérise.

Cette recherche se fait dans la liberté, autre concept central de la philosophie Mesmérienne et qualité nécessaire au bonheur qu’à la santé. Cette liberté est une faculté qui s’acquiert car l’être humain naît dans une dépendance absolue. Cette liberté se construit par l’éducation et à pour but d’aboutir à la maxime « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse ».

Le magnétisme animal de Mesmer n’est pas moins que :

  • Une propriété physique développée bien avant lui par l’utilisation de la pierre de magnétite ;

  • Une méthode thérapeutique à travers la circulation du flux énergétique

  • Une théorie scientifique à travers les différentes propositions qu’il inculque à ses successeurs.

Le magnétisme animal de Mesmer a la faculté d’être impalpable, insaisissable et assure le lien entre l’homme et l’univers. Ce fluide universel est diffusé dans le monde entier et les nerfs en sont le principal véhicule dans le corps.

La particularité du magnétisme animal est qu’il peut être canalisé, et transmis d’une personne à une autre. Comme la maladie trouve sa source dans un déséquilibre de fluide, le magnétiseur va pouvoir venir, grâce aux techniques qu’il apprend, à le rééquilibrer. Toutes les pathologies peuvent de ce fait être traitées par le magnétisme. Il en conclut alors tout simplement : « Il n’y a qu’une maladie, qu’un remède, qu’une guérison ».

Cette influence réciproque trône dans son analyse, comme en témoigne la fin de son ouvrage Mémoire sur la découverte du magnétisme animal (1779) : « II existe une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps animés. La propriété du corps animal qui le rend susceptible de l'influence des corps célestes et de l'action réciproque de ceux qui l'environnent, manifestée par son analogie avec l'aimant, m'a déterminé à la nommer magnétisme animal ».

L’avancée de sa pratique et la mise en forme de son héritable pour ses élèves oblige Mesmer à essayer de clarifier son approche et les concepts qu’il utilise dont l’articulation entre fluide et influence. C’est ainsi qu’il indique en 1785 dans les Règlements des Sociétés de l'Harmonie universelle : « Je crois [...] qu'au moyen d'un milieu qui ne peut être qu'un fluide très subtil, il existe entre tous les corps qui se meuvent dans l'espace, une action réciproque, la plus profonde et la plus générale de toutes les actions de la nature ; que cette action constitue l’influence ou le magnétisme universel de tous les êtres entre eux ».

Le fluide, qui baigne tous les êtres humains est l’élément commun dans et par lequel l'influence du magnétisme animal peut jouer. Comme ce fluide baigne tous les êtres humains, les cures proposer par Mesmer vont utiliser non seulement l’action du magnétiseur sur le magnétisé mais également le travail collectif, l’intervention de tous. Il met au point une nouvelle technique de magnétisme collectif à travers l’invention du baquet.