Les stalles de la cathédrale de Poitiers

Si de nombreuses personnes s’accordent à dire que les alchimistes ont laissé des traces de leur art sur la pierre des cathédrales, il en est de même pour le mobilier. Malheureusement, ce dernier a souvent disparu au fur et à mesures des guerres, incendies ou autres saccages. La cathédrale de Poitiers a la particularité d’avoir encore à disposition parmi les plus anciennes stalles de France (et du monde) remplie des principes du grand œuvre alchimique.

Alchimie cathédrale

L’origine des stalles

Les stalles datent de la seconde moitié du XIIIe siècle, au début de la construction de la cathédrale de Poitiers qui débute en 1162. Nous ne savons pas si Aliénor d’aquitaine en est l’instigatrice mais elle a du moins laissé l’un des plus anciens vitraux de France la représentant avec son époux et ses enfants au bas de la crucifixion. L’alchimiste, s’il peut se demander pourquoi un des apôtres regarde non pas vers le Christ en résurrection mais de l’autre côté, va s’arrêter principalement sur les stalles de la cathédrale de Poitiers. Elles disposaient de nombreuses miséricordes qui ont malheureusement été fortement abîmées par le temps. Le décor floral y est particulièrement important mais l’absence de fruit ne permet pas d’identifier les caractéristiques des arbres qui y sont sculptées.

Ces stalles ont été offerte à la cathédrale par l’évêque de Poitiers Jean de Melun mort en 1257. Elles ont pour but non seulement d’écrire un message, une approche spécifique de la Nature, mais également de faire réfléchir les chanoines qui venaient prier durant la journée sur Dieu, bien évidemment, mais également et surtout sur la vie, sur la Nature qui les entoure. C’est dire l’importance qu’avaient ces ornementations dans la vie des religieux.

L’architecture des stalles

Les chanoines passaient un grand nombre d’heures à prier dans les églises. Afin de leur apporter un plus grand confort, surtout l’hiver durant les grands froids, la pierre laisse progressivement la place au bois beaucoup plus chaleureux. Les stalles de la cathédrale de Poitiers sont composées de deux ensembles qui se font fasse. Les sièges sont disposés sur deux niveaux, le premier directement par le sol, le second accessible par trois marches. Les stalles des rangs supérieurs ont la particularité de disposer de hauts dossiers séparés les uns des autres par des faisceaux de trois colonnettes.

Alchimie dans les cathédrales

Ce qui intéresse non pas l’historien qui cherche à dater le monument mais le touriste, le curieux ou l’alchimiste dans ces stalles parfaitement conservées depuis plus de 800 ans concerne le haut de ces colonnettes et l’espacement entre les sièges qui constitue une série d’écoinçons. Ceux-ci, inaccessible directement par l’homme, ont résisté au temps et surtout miraculeusement aux saccages.

La composition des stalles est toujours identique. A chaque extrémité un ange avec une couronne en direction des autres écoinçons. Des anges porteurs de deux couronnes alternent ensuite entre les motifs variés. Chacun de ces anges a été pourvu de caractéristiques physiques ou d’habits qui les rendent uniques : certains sourient, d’autres ont le regard calme, certains ont de grandes manches. Chacun a ses caractéristiques qui les rendent tant uniques que spécifique : unique lorsque l’on fait un tour rapide de ces sculptures mais différentes lorsque l’on prend le temps de les contempler. Rien que ces éléments portent à réflexion avec la question de savoir pourquoi elles ont été positionnées ainsi sur la moitié de stalles et qu’est-ce qu’elles représentent ?

Pourquoi des symboles sur les stalles de la cathédrale de Poitiers

Les cathédrales de France (Paris, Poitiers, Chartres, Bourges…) recèles de dessins, sculptures, pierres représentant des symboles, des animaux (plus ou moins vivants), de formes qui poussent un grand nombre de personnes à se questionner sur leurs significations. Certains n’y voient que des sculptures faites à l’envie par les tailleurs de pierre ou des sculpteurs sur bois. Cette version est la plus dominante parmi les guides touristiques qui font découvrir les grands lieux énergétiques. Pour les stalles de la cathédrale de Poitiers par exemple, on peut lire à leur propos : « Il faut y voir simplement le résultat de la fantaisie des imagiers quand liberté entière leur était laissée — comme c'était habituellement le cas pour les stalles — et que leur unique préoccupation était de choisir, parmi les sujets de leur répertoire, ceux susceptibles d'heureusement remplir le champ assigné ».

On imagine aisément l’évêque, en charge d’orienter l’apprentissage de ses disciples, leur laisser contempler durant toute la journée des symboles ou animaux sans leur apporter aucune explication, faire payer un prix exorbitant à des artisans pour leur laisser exprimer leur art (il ne faut pas oublier que le travail de sculpture de la pierre ou du bois est beaucoup plus coûteuse que le simple assemblage fait par un maçon ou un menuisier). On se rend vite compte qu’il n’en est rien et qu’en réalité le but de ces réalisations, que l’on retrouve dans les gargouilles, les modillons, les sculptures… at pour principe de laisser un message. Ce dernier, malheureusement oublié par beaucoup, laisse aux visiteurs non averti l’impression dégagée dans cette citation de symboles incompréhensibles, sans liens entre eux, sans fondement, juste pour…. Et souvent il n’y a pas d’éléments d’explication pour en dire plus. Le visiteur est alerte mais passe vite son chemin, tant les symboles paraissent incompréhensibles. Les articles de ce blog vont tenter de vous apporter une ou plusieurs approches/interprétations de ces représentations. Il n’existe en effet pas une seule approche mais bien une multitude.

Alchimie dans les cathédrales

Les écoinçons manquant

Un ange mutilé, coupé en deux, prouve qu'autrefois les stalles se continuaient de ce côté. L'abbé Auber et Guilhermy, qui visita la cathédrale en 1858, alors que les travaux de restauration du chœur étaient en cours, ont décrit certains motifs aujourd'hui disparus. « Dans l'angle, écrivait l'abbé Auber, s'élève une colonne cannelée portant sur le haut des sièges comme les autres. Une grossière figure, à barbe divisée en deux pointes, forme le chapiteau, que décore néanmoins, au-dessous, en manière d'astragale, une guirlande horizontale de chêne parée de ses glands ». Il me semble que cette colonne — de même que celle qui lui faisait pendant du côté sud et avait sur son chapiteau « un chanoine psalmodiant et coiffé du capuce d'hiver » dut être ajoutée après coup; elle n'avait point sa raison d'être quand les écoinçons se terminaient à l'est comme à l'ouest par un ange de profil; c'est ce que les notes de Guilhermy nous apprennent. « En1858 on voyait à terre et démontés les membres des portions de boiserie adaptés aux angles… Pour une des portions de dossiers deux ogives comme les autres et dans les tympans :

1° Ange en tunique comme ceux du nord.

2°Petit personnage vu de côté, mais la tête de face, les cheveux coupés carrément sur le front, imberbe, la cotte relevée et retenue par une ceinture, fléchit le. genou droit, ouvre les mains et regarde le public en souriant.

3° Demi tympan dans lequel un personnage et un petit chien.

Autre portion de même importance:

1° Ange non nimbé, en tunique, de profil et tenant une couronne.

2° Sirène, aux seins rebondis, portée sur des ondes, dans la main droite tenant un miroir et dans la main gauche sa queue.

3° Ange de face, tunique et manteau.

Ces motifs indiqués par Guilhermy ne faisaient point partie des stalles avant 1858, car Lassus, Didron et l'abbé Auber ne les ont point décrits; excepté toutefois la Sirène. On peut supposer que supprimés au cours de modifications antérieures — peut-être sous Louis XV — ils furent, en 1858, sortis de l'endroit où ils étaient relégués; mais que, ne trouvant point leur emploi, on les écarta, et, cette lois, ce fut leur perte, à l'exception toutefois du petit personnage que Guilhermy disait « vu de côté, mais la tête de face», description qui permet de le reconnaître dans une figure d'applique, conservée au Musée de la Société des Antiquaires de l'Ouest à Poitiers. Statuette dont M. Louis Gonse ignorait la provenance et que le dernier historien de nos stalles considérait comme perdue ainsi que. les autres motifs dont Guilhermy donne la description. Elle fut placée en 1877 dans les collections du Musée des Antiquaires de l'Ouest par le P. de la Croix, qui l'avait trouvée, posée sur une tonnelle, dans le jardin d'un ouvrier qui avait travaillé aux restaurations du chœur de Saint-Pierre. A ce séjour dans un jardin on peut imputer la disparition des mains qui, au dire de Guilhermy « étaient ouvertes ».

Même sans la description si précise de Guilhermy et l'indication que nous avons retrouvée de la provenance de cette statuette, son style, conforme à celui de certaines figures des stalles, nous aurait fait supposer qu'elle était du même atelier. Nous avons remarqué dans le dos de cette statuette deux entailles pratiquées pour fixer des ailes; c'était donc un ange adorateur, destiné, comme quantité de petits anges en bois du XIIIe siècle à la déco- ration d'un autel; en effet, en raison de ses dimensions, 0 m. 45 de hauteur, il ne pouvait appartenir originellement à la décoration des écoinçons, qui ont entre 0 m. 35 et 0 m. 45 de hauteur: s'il prit place pendant un certain temps dans la décoration de l'arcature c'est comme figure rapportée, ainsi que la petite Vierge du XIVP siècle, afin de remplacer quelque motif détruit pendant les dévastations. Notre ange est d'un art sensiblement moins avancé que certains anges en bois qu'on date habituellement de la fin du XIIIe siècle : ange de Saint-Germer au musée des arts décoratifs et anges de la collection Martin le Roy qui ont déjà l'élégance caractéristique du XIVe siècle: on peut aussi, pour le style, le comparer à certaines figurines d'ivoire, comme le Saint-Jean de la collection Chalandon

La découverte des stalles et de la cathédrale

Même si la cathédrale de Poitiers mérite le détour tant pour ses vitraux dont l’un des plus anciens de France, son orgue, commandé durant la révolution mais surtout ses stalles qui proposent un panorama de la Nature et de l’alchimie unique en France sur un tel support. Le Centre de formation de l’ermitage propose des découverte tant des hauts lieux énergétiques de France que des parcours de visite pour faire découvrir toute la symbolique alchimique, ésotérique et spirituelle des cathédrales, des lieux particulièrement chargés comme Rocamadour, le Mont Saint-Michel, Carnac.. afin de faire découvrir sur plusieurs voies les richesses de notre culture.

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