L’alchimie et les stalles de la cathédrale de Poitiers - Partie 1

Les stalles de la cathédrale de Poitiers proposent un panorama riche du travail du grand œuvre. Pourtant, rares sont les alchimistes à les avoir étudiées, privilégiant à grand renfort de publications diverses et variées les sculptures de la Cathédrale de Paris ou de Chartres. Eugène Canseliet est l’un des rares à avoir laissé un témoignage à leur propos qui va nous servir, entre autre, à l’analyse de ces sculptures.


L'alchimiste

L’alchimiste

Version historique

Assis auprès d'un arbre dont le feuillage délicatement sculpté sert de fond à la composition, un homme, vêtu de la cotte et du surcot, cueille de la main droite un fruit, et de la gauche en donne un autre à manger à un dragon de même espèce que ceux que nous avons remarqués précédemment. La physionomie de cet homme est loin d'être belle, son sourire est presque une grimace ; bien que d'exécution inférieure, ,il doit être comparé à la statuette du Musée des Antiquaires de l'Ouest: la construction et l'ovale des visages, le dessin des yeux, du nez et de la bouche, le sourire si particulier, les boucles de cheveux retombant sur la nuque, se retrouvent dans l'un et l'autre. De ces deux figures caractéristiques il convient de rapprocher l'architecte au travail et certains anges du côté sud des stalles: on peut admettre que ce groupe fut l'œuvre d'un même artiste.

Version alchimique

Comme toute travail et présentation sur le grand œuvre, les clefs de compréhension ne sont pas directement accessibles et ne sont jamais classés dans l’ordre. Le premier ou dernier écusson qui est étudié se trouve pourtant le plus près du cœur et du côté sud de la cathédrale de Poitiers. Elle est dénommée par Canseliet justement comme l’alchimiste, le personnage qui va travailler au travail du grand œuvre. Pour un profane ou dans les livres sur l’histoire du monument, on évoque un homme jouant avec son chien. Il nous indique : « l’alchimiste ouvre la série des écoinçons. Il nous présente aimablement l’unique matière du Grand Œuvre, dont le dragon, au même titre que le chêne, est le hiéroglyphe traditionnel ».

Cette approche est certainement vraie, avec quelques feuillages en fond, on peut s’imaginer à un homme qui va aller jouer avec son chien pour lui apprendre à ramener des objets. Chose surprenante, cela fait penser plutôt à une balle (type balle de tennis) qui n’existait pas à l’époque. Mais bon, passons ce « petit détail » et voyons le côté champêtre de la scène. Comme énoncé, les stalles sont placées très haut et il faut prendre du temps pour bien y regarder. On constate alors plusieurs éléments :

· Le chien. Drôle de chien que cet animal qui, en effet, de loin et sans s’y attarder, pourrait nous y faire penser. A y regarder de plus près, on remarque que cet animal à quelques particularités qui l’éloigne de notre charmant compagnon. Tout d’abord ses oreilles assez pointues qui font davantage penser à un loup (le loup gris étant une désignation de l’antimoine en alchimie). Ensuite ses pates qui sont davantage celles d’un dragon que des griffes d’un chien. Enfin ses dents, acérées qui ne donnent pas envie d’aller jouer avec.

· Le personnage central, n’est autre que l’alchimiste. Il est vêtu d’une côte et d’une surcote, se trouve assis sur une chaise, le chien entre ses jambes et son pied qui dépasse. Il semble heureux d’avoir enfin fait croquer cette connaissance, cette matière première et d’enclencher ainsi un cycle.

· Le fruit que l’homme donne au chien et qu’il récupère de la main droite dans les feuilles qui sont autour, dans l’arbre dont on n’arrive pas bien à distinguer la nature, qui ressemble à des feuilles de chêne mais dont les fruits représentent davantage la taille d’une pomme que d’un gland. Et c’est bien la pomme qui est représenté ici, à travers son illustration du fruit de la connaissance, celui qui nous ramène à nous-même et à Dieu, celui qui nous fait vivre et mourir mais qui nous apprend la quintessence des choses.

· Tout à droite, on peut reconnaître un escargot. Cet animal, qui symbolise un travail long et laborieux, se retrouve dans de nombreux édifices alchimiques comme à Bourges pour montrer tant le travail de labeur à accomplir que la voie humide de l’alchimie.

Homme coupant un pain

Version historique

Stage alchimique

Un homme, barbu, est assis et coupe avec un grand couteau un pain rond. Une corbeille de vannerie, placée devant lui, en contient encore d'autres. Un ange souriant, sortant d'un nuage, s'approche de lui et semble lui confier à l'oreille un secret. La tête de l'homme, aux traits rudes, aux sourcils en forme d'accents circonflexes, à la barbe carrée, ne rappelle aucune autre physionomie sculptée à la Cathédrale; cette tête, de volume exagéré, est une réfection ancienne. Il en est de même de la tête et de la main de l'ange, du reste le raccord de la tête est visible. A l'église de la Madeleine de Vézelay, où sont figurées les occupations des mois, janvier est personnifié par un homme coupant un pain, mais on ne voit pas d'ange.

Version Alchimique

Un homme quelconque coupant un pain, comme aime à le présenter les historiens, n’a aucunement besoin des conseils avisés d’un ange. Mais notre homme n’est pas n’importe lequel, il est revêtu du manteau du philosophe. Et quiconque a déjà coupé un morceau de pain se rend bien compte qu’il s’y prend extrêmement mal. Il serait même, à y songer de plus près, guidé par l’ange qui lui donnerait des conseils célestes. En effet, il nous propose à travers cette illustration un globe séparé en deux parties égales, révélant notre destinée cosmique. Lorsque l’on s’intéresse à l’alchimie, on y voit le symbole du sel alchimique.

Ce médiateur céleste, ce médiateur salin n’est là que pour montrer le rôle capital du sel philosophique dans l’établissement du Grand Œuvre. Et l’ange nous montre que l’énergie qui en émane provient des forces supérieures, des forces célestes qui viennent apporter toute la substance à ce sel qui est tout sauf le sel ordinaire. En ayant compris l’importance, notre boulanger en exprime un sourire de satisfaction.

La corbeille est remplie également de pains ronds séparés par un trait médian. « Il n’est pas, du reste, jusqu’à ce panier qui ne rappelle, par sa structure et le dessin de son osier tressé, les mystérieux filet ou rêts dont parles les auteurs ».

Le basilic

Version historique

Voyage alchimique initiatique

Cet animal fabuleux ne peut être que le serpent basilic, car il a la tête d'un coq - « ayant creste sur la teste en manière d'une couronne pour laquelle on le nomme regulus », la queue d'un serpent, mais, au lieu de huit pieds, deux seulement qui sont bien « courves et trappes garnyz de grans ongles poinctus et tranchans à merveille ». La fantaisie de l'imagier lui a en outre donné des ailes de chauve-souris.

Version alchimique

Canseliet nous rappelle que le Basilic, suivant la légende, naît de l’œuf d’un vieux coq couvé par un crapaud ; en grec, par métathèse rendre krapô, dessécher, rendre sec, aride, épuisé. Le crapaud représente donc l’humidité chaude caractéristique de la voix humide, qui donne naissance au Basilic, le petit roi. C’est ainsi que le crapaud aime à se montrer au jour lors des pluies chaudes d’été. Dans une planche des douze clefs de la philosophie de Basile Valentin, nous voyons un basilique enfermé dans un matras à col long et ouvert, lequel est placé sur un fourneau en activité. C’est ce que reflète ce sur quoi l’animal appuie ses pattes, sur une eau calme à l’image d’un bain.


Le centre de formation de l’Ermitage propose des découvertes alchimiques et initiatiques des principaux lieux énergétiques en France, que ce soit à travers les cathédrales comme les cathédrales de Paris, Poitiers, Chartres ou Bourges, le Mont Saint-Michel, Carnac, Rocamadour… Ces voyages initiatiques sont également complétés de Formations et stages en Alchimie, magnétisme, Géobiologie, Radiesthésie et portées sur l’analyse des âmes.

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