L’alchimie et les stalles de la cathédrale de Poitiers - Partie 2

Les stalles de la cathédrale de Poitiers proposent un panorama riche du travail du grand œuvre. Pourtant, rares sont les alchimistes à les avoir étudiées, privilégiant à grand renfort de publications diverses et variées les sculptures de la Cathédrale de Paris ou de Chartres. Eugène Canseliet est l’un des rares à avoir laissé un témoignage à leur propos qui va nous servir, entre autre, à l’analyse de ces sculptures.

Formation alchimie

L’architecte

Version historique

Un architecte ou un sculpteur, tête nue et vêtu d'une longue cotte, assis et vu de profil, tient de la main droite un morceau de bois qu'il mesure au moyen d'un grand compas d'épaisseur. Devant lui une équerre et derrière lui un niveau à fil à plomb sont suspendus.

Les traits, le modelé du visage et aussi la coiffure présentent des analogies avec la statuette du Musée des Antiquaires de l'Ouest, à Poitiers. Sur un modillon nous avons déjà rencontré le motif de l'architecte qui est assez fréquent dans l'iconographie du moyen âge (mur nord, 7e travée, 7e modillon).

Version alchimique

L’approche de Canseliet est assez légère sur cet écoinçon. « Des trois outils indispensables à l’épanouissement de la pierre brute, ce compagnon nous montre le compas, dont les branches sont, ici, curieusement disposées en forme d’X. L’instrument est mutilé mais il est facile de le reconstituer mentalement et de retrouver ainsi l’expression du rayonnement, simplifiée à l’extrême. Cette petite scène symbolise l’architecture occulte, la géométrie de la lumière, qui était anciennement l’unique préoccupation de la Franc-Maçonnerie et pour laquelle elle constitue, au contraire, maintenant, le verbum demissum ».

Cet architecte a la même tête que tous le protagonistes des stalles de la cathédrale de Poitiers. C’est bien notre alchimiste qui réalise les différentes missions afférentes à sa destinée de quête. Et pour cela il va falloir construire. Les trois outils sont bien évidemment ceux de la construction de la cathédrale, outils simples par rapport à nos outils modernes mais uniques et permettant la réalisation des grandes œuvres. Il y en a trois, trois comme le nombre de portes d’entrées dans les principales cathédrales de France, trois pour symboliser la trinité. Dans l’église, il s’agit aussi de mettre en avant la géométrie sacrée, la géobiologie sacrée qui entoure toutes les constructions d’édifices, que ce soit des églises ou le grand œuvre de la vie ou de sa vie. En effet, l’architecte alchimiste, toujours le même personnage avec ici également son air enjoué, tient dans sa main la tablette de ses dessins, la tablette de sa vie. Tout le monde peut disposer des outils, l’architecte construit ici son existence, sa quête, sa destinée.

L’avarice

Version historique

Stage alchimie

Une femme assise, la main droite posée sur un coffre rempli de pièces, tient de la gauche une coupe également pleine de pièces; un sac, suspendu derrière elle, doit encore contenir d'autres richesses. Probablement afin de montrer que l'avare préfère se priver plutôt que de renoncer à amasser, cette femme est pauvrement vêtue; une étoffe, nouée sur la nuque, lui sert de coiffure; sa cotte, détail assez curieux, est usée et laisse passer le coude; elle a les pieds nus. Sa physionomie, aux traits vulgaires, reflète la satisfaction que lui procure la contemplation de son trésor.

Cette sculpture doit être rapprochée des autres personnifications de l'Avarice, sculptées en bas-relief, au XIIIe siècle, sur les soubassements des façades des cathédrales de : Sens, Paris, Chartres, Amiens, Reims et de l'église de Villeneuve-l'Archevêque(Yonne) et peintes sur les vitraux des cathédrales de Paris, Lyon et Auxerre. Dans ces œuvres on peut observer quelques variantes; mais l'Avarice est toujours une femme assise auprès d'un coffre dans lequel elle amasse son or.

Version alchimique

Canseliet nous indique que « cette petite scène figurerai l’avarice. On peut à bon droit s’en étonner puisque l’on chercherait, en vain, parmi les motifs des hauts-dossiers, les six autres péchés capitaux ». De qui s’agit-il ici ? Est-ce que c’est un homme ou une femme, c’est difficile à dire à première vue. Ce qui est sûr par contre c’est qu’il s’agit d’un personnage qui est dans le besoin, à y regarder par ses habits qui sont troués au niveau du coude et ses pieds nus. « qu’on le prenne pour l’expression humanisée de la matière noire et vile du début, Cendrillon (cucendron) ou Peau d’Âne, qu’on le reconnaisse pour l’alchimiste humble et heureux, on comprendra facilement, au linge qu’il a conservé, négligemment posé sur sa tête, son souci de protéger sa chevelure de l’abondance poussière émanée des foyers ».

Le personnage a l’air heureux à travers un regard malicieux qui contemple les pièces de monnaie entassées dans un coffre devant lui, dont le couvercle ne peut même plus se refermer tellement il est rempli. « appuyé de la main droite sur le rebord du bahut, tandis que sa main gauche maintient sur ses genoux une grande coupe, de belle apparence, il semble établir le rapport qui unit le contenu de l’un à la fonction de l’autre ».

Tout repose donc dans ce vase ou ce graal. Mais ce n’est pas n’importe quel objet car « le tailler dans l’émeraude céleste, est le plus grand secret de la chrysopée. Sans lui, notre Crésus médiéval ne saurait remplir son coffre de ces nombreuses pièces, à dessein marquées du signe graphique, que les alchimistes emploient pour désigner le creuset (anciennement croiset). Ainsi, du moins, frappés d’une croix, ces écus d’or ou ces deniers parisis, nous révèlent-ils assez l’origine philosophique du précieux métal qu’ils symbolisent ».

« Au demeurant, tout l’intérêt se concentre sur cette coupe, emblématique du vaisseau de nature et d’où viendra au philosophe, avec la sagesse et la santé, l’or dispensateur des biens terrestres. Il le recevra, d’ailleurs, de la main même de Dieux sans spéculation illicite et sans en devoir rien à personne, en passant souvent de l’extrême pauvreté à la plus solide richesse, dont il n’est pas , sur notre écoinçon, jusqu’au sac de cuir, pesant et rebondi, qui ne témoigne de la tangible réalité ».


L’orgueil

Version historique

Voyage initiatique alchimique

Suivant l'iconographie adoptée au XIIIe siècle par les sculpteurs et les peintres verriers, un cavalier désarçonné symbolise l'orgueil. La difficulté de disposer un tel sujet est cause du manque de clarté de la composition et des attitudes inadmissibles du cavalier et de sa monture.

Version alchimique

Cette représentation est commune à plusieurs édifices dont notamment à la cathédrale de Paris où l’on voit également sur le parvis ce cavalier trop sûr de soi qui chute tandis que sur les vitraux on remarque le cavalier qui est de retour sur son cheval et qui fait un symbole de comique envers le public. Canseliet à ce propos se cantonne à citer Fulcanelli dans le mystère des cathédrales : « cette allégorie a trait à l’extraction des parties fixes, centrales et pures, par les volatiles ou éthérées dans la dissolution philosophique. C’est probablement la rectification de l’esprit obtenu et la cohobation de cet esprit sur la matière grave. Le coursier, symbole de rapidité et de légèreté, marque la substance spirituelle ; son cavalier indique la pondérabilité du corps métallique grossier. A chaque cohobation, le cheval jette bas son cavalier, le volatil quitte le fixe ; mais l’écuyer reprend aussitôt ses droits, et cela tant que l’animal exténué, vaincu et soumis, consente à porter ce fardeau obstiné et ne puisse plus se dégager ». C’est ainsi que l’on remarque ces deux personnages qui, malgré leur posture toute rocambolesque la tête en bas, restent tout de même fixés l’une à l’autre, que ces deux éléments sont solidement accrochés car ils vont devoir travailler ensemble, quelque soit les obstacles ou les difficultés qu’ils vont rencontrer.


Le centre de formation de l’Ermitage propose des découvertes alchimiques et initiatiques des principaux lieux énergétiques en France, que ce soit à travers les cathédrales comme les cathédrales de Paris, Poitiers, Chartres ou Bourges, le Mont Saint-Michel, Carnac, Rocamadour… Ces voyages initiatiques sont également complétés de Formations et stages en Alchimie, magnétisme, Géobiologie, Radiesthésie et portées sur l’analyse des âmes.

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