L’alchimie et les stalles de la cathédrale de Poitiers - Partie 4

Les stalles de la cathédrale de Poitiers proposent un panorama riche du travail du grand œuvre. Pourtant, rares sont les alchimistes à les avoir étudiées, privilégiant à grand renfort de publications diverses et variées les sculptures de la Cathédrale de Paris ou de Chartres. Eugène Canseliet est l’un des rares à avoir laissé un témoignage à leur propos qui va nous servir, entre autre, à l’analyse de ces sculptures.


Formation Alchimie

Le Centaure

Version historique

L'imagier a réussi à placer dans un triangle un hippocentaure tirant de l'arc. Un buste d'homme sort, sous une étroite draperie, de l'encolure d'un cheval. Se retournant brusquement, mouvement qui accentue l'anatomie, les cheveux soulevés vers le but à atteindre, ce centaure décoche par le vent, le regard dirigé une flèche (cassée) ; le coude droit vient remplir un des angles, tandis que l'énorme queue s'allonge dans l'angle opposé. Cette figure est bien l'expression de « la force brutale prenant le dessus dans le cœur de l'homme ».

Le Centaure, cet être mixte dont l'origine remonte à l'antiquité, apparaît sarcophages chrétiens chassant des animaux ; dès l'époque carolingienne on le remarque dans les manuscrits ; dans la sculpture romane et gothique, tirant de l'arc ou chassant des animaux, il devient un motif extrêmement répandu, que la fantaisie des imagiers de la fin du XIIIe siècle et du début du XIVe transformera sans aucun souci du type initial.

Version alchimique

Si ce centaure, qui vient de lancer sa flèche, nous enseigne de cette manière quel est l’agent actif qui intervient au début du labeur alchimique, sa personnalité hybride nous dit également combien la cabale est nécessaire à l’élucidation des théories abstruses de l’art. L’indication est ici d’autant plus sûre et d’importance, qu’elle nous est fournie par le sage Chiron, fils de Saturne, versé dans toutes les connaissances humaines, particulièrement dans la médecine, et dont la grotte fut l’école la plus fameuse de Grèce.

Le centaure se retrouve beaucoup dans les églises, signification de l’âme, du corps et de l’esprit, l’union de la chair et de l’esprit. On retrouve par exemple une représentation du centaure ayant lancé sa flèche à Saint-Jacques de Compostelle. En lâchant sa flèche, il désigne la primauté de l’esprit sur la chaire. La flèche est le symbole du dépassement des conditions normales, elle est un affranchissement imaginaire de la distance et de la pesanteur ; une anticipation mentale de la conquête d'un but difficile à atteindre.. L’homme souhaite dépasser son animalité et se confond avec son projectile. L’homme vise quelque chose et, d’une certaine façon, l’atteint par son évocation.

Dragons

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Version historique

Deux dragons, l'un à gauche ayant une tête de chien à longues oreilles d'âne, des ailes de chauve-souris, deux pattes à grandes griffes et une queue de serpent, l'autre à droite ayant une tête de femme, dont le visage est entouré d'un voile attaché au cou (5), des ailes d'oiseau relevées, deux pattes armées de griffes et une queue de serpent. Ces deux dragons, adossés, retournent la tête et se provoquent; leurs queues, qui s'enroulent symétriquement, descendent dans l'angle inférieur du triangle.

Version alchimique

Cet écoinçon nous donne une très curieuse et intéressante représentation de la matière du grand œuvre ; en son état primordial à gauche et en son premier degré de perfection à droite.

Le dragon, cher aux vieux maîtres, a changé ses ailes de chiroptère, propres à son obscur séjour, pour celles, beaucoup plus belles, de l’oiseau. Il les tient maintenant étendues, prêtes à l’envolée, marquant ainsi la double qualité, spirituelle et volatile, inhérente à sa blancheur nouvellement acquise. La tête humaine qui apparaît semble se débarrasser d’une enveloppe chrysalidaire et nous annonce la naissance future de l’homunculus ou petit homme chimique.

Cela rappelle les petits symboles au moment de l’épiphanie : la fève, qui laisse passer à l’une de ses extrémités le faciès du baigneur ; et le petit poupon emmailloté, à la manière médiévale, rigide comme une momie égyptienne. Et ce n’est sans doute pas sans raison que les anciens donnaient ainsi à la chrysalide le nom d’aurélie (or du soleil) et de fève.

Le nouvel être est en train de sortir des ténèbres, les purifications sont en train de se réaliser.

Lion et Dragon

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Version historique

Un lion à la longue crinière enfonce ses griffes dans le cou d'un dragon et lui mord le dos. Mais ce dragon qui a la tête d'un quadrupède, des ailes de chauve-souris, une paire de fortes pattes à grandes griffes et une queue nouée au bout se défend, relève la tête et mord le lion au ventre. Ces deux animaux luttent dans une forêt, comme l'indique le sol jonché de feuilles de chêne et d'autres arbres. On connaît le symbolisme du Christ foulant aux pieds le lion et le dragon; mais bien plutôt que ce symbole ces animaux aux prises montrent la survivance d'un vieux motif de l'art oriental (1), connu déjà des artistes romans qui le copièrent en lui conservant son caractère de stylisation— par exemple à Saint-Pierre d'Aulnay — et que les artistes gothiques modifièrent en donnant aux animaux des formes plus réelles.

Version alchimique

Eugène Canseliet nous indique que « cette scène est l’expression iconographique rare d’une opération à laquelle les auteurs se sont montrés fort réservés. Ce lion qui monte sur le dragon malgré l’action dévorante de celui-ci, est le symbole du feu secret, qui pénètre peu à peu la matière primordiale et frigide. C’est le feu actif, nous dit Fulcanelli qu’il importe de communiquer au sujet passif ; lui seul a puissance d’en modifier la complexion froide et stérile, en la rendant ardente et prolifique. C’est qui que les sages appellent lion vert, lion sauvage et féroce, cabalistiquement leon fer, ce qui est assez suggestif et nous dispense d’insister.

Aussi bien distingue-t-on au-dessous de ces deux animaux en lutte, des feuilles de lierre et de chêne, les premières toujours vertes, soulignant avec quelle force et quelle ténacité le lion s’attache au dragon. Le lion était consacré à Vulcain, en Egypte, et selon Plutarque, dédié au soleil. Il est certain que la tête de ce quadrupède, ceinte d’une épaisse crinière, offre l’aspect de l’astre radiant, tel que la tradition se plaît à le figurer. N’était-il pas d’ailleurs le symbole de Mithras, que l’on représentait avec un corps d’homme et une tête de lion ?

Les Abraxas nous révèlent l’importance du leo virdis dans l’œuvre, le vitriol de Basile Valentin, et la nécessité pour l’artiste de tenir soigneusement caché le mystère de sa fabrication. Ces pierres gravées nous montrent souvent, au-dessous de la figure d’Harpocrate, un lion passant au pie d’un lotus, avec cette devis : abraxas monia ciens. Abraxas qui meut tout.

Et l’on sait qu’Harpocrate, fis d’Isis et d’Osiris, est le dieu du silence et que les sculptures anciennes le représentent, appuyant sur sa bouche le second doigt de la main, appelé index ou salutaire ».

On y voit aussi, dans cette allégorie, la fixation du fixe sur le volatil, le dragon cherchant à s’emparer des ailes tandis que le dragon cherche à s’accrocher à la chaire.


Le centre de formation de l’Ermitage propose des découvertes alchimiques et initiatiques des principaux lieux énergétiques en France, que ce soit à travers les cathédrales comme les cathédrales de Paris, Poitiers, Chartres ou Bourges, le Mont Saint-Michel, Carnac, Rocamadour… Ces voyages initiatiques sont également complétés de Formations et stages en Alchimie, magnétisme, Géobiologie, Radiesthésie et portées sur l’analyse des âmes.