L’alchimie et les stalles de la cathédrale de Poitiers - Partie 5

Les stalles de la cathédrale de Poitiers proposent un panorama riche du travail du grand œuvre. Pourtant, rares sont les alchimistes à les avoir étudiées, privilégiant à grand renfort de publications diverses et variées les sculptures de la Cathédrale de Paris ou de Chartres. Eugène Canseliet est l’un des rares à avoir laissé un témoignage à leur propos qui va nous servir, entre autre, à l’analyse de ces sculptures.


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Masque décoratif

Version historique

De longues et souples feuilles de la famille des ombellifères, très stylisées, sortent du milieu d'un visage humain, divergent en tous sens, et entre leurs nervures et leurs ombelles, qui épousent le modelé des formes, laissent apparaître des yeux, un nez et une bouche.

Très ancienne est l'origine de ces masques, si décoratifs, où les traits essentiels sont seuls visibles au milieu de feuilles de chêne, de vigne ou d'autres plantes. - Une liste de ceux qui furent sculptés sur les monuments du XIIIe siècle serait extrêmement longue; rappelons seulement que nous en avons remarqué de même nature, non seulement sur une de nos miséricordes de stalles, mais aussi dans les écoinçons des arcatures de la façade et aux chapiteaux des chambranles de la porte centrale.

Version alchimique

Ce masque humain, dégagé avec un art exquis de feuilles décoratives, dont l’expansion flammée et divergente lui donne l’aspect radiant de l’astre diurne, est le symbole du soufre ou soleil philosophique du Grand Œuvre. Là encore son faciès igné est humain, pour indiquer que c’est qui qui est la partie pure et spirituelle du métal, en même temps que l’embryon haut en couleur que les philosophes ont appelé l’enfant chimique.

Cet emblème sculpté est également une réplique très voilée du haphomet des Templiers, dans lequel la haine profane et contemptrice a cru reconnaître la face grimaçante du démon ou bien la macabre tête de mort.

Le phénix

Version historique

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Le phénix se brûle sur le bûcher qu'il vient d'allumer. Avec une remarquable décision l'imagier a taillé le bois ;à beaux traits, longs et fermes, il a dégagé le corps de l'oiseau et, retournant résolument une des ailes déployées pour que les deux sommets de l'écoinçon soient pareillement occupés, il a accentué le caractère décoratif1 de son œuvre. Le phénix dans l'antiquité symbole de l'Immortalité est un des animaux décrits dans les Bestiaires. Dans Vincent de Beauvais ses sermons, en a fait le symbole de la Résurrection du Christ et inspiré ainsi des œuvresou le phénix est associé à des scènes de la Bible (i). Mais il semble qu'ici l'oiseau est plutôt un motif décoratif.

Version alchimique

Le phénix est l’emblème bien connu de l’œuvre hermétique, et son plumage multicolore, l’expression des vicissitudes de sa divine matière, au cours de la phase ignée et finale du travail. C’est alors que l’alchimiste reçoit directement du créateur sa sublime récompense, sous la forme tangible de la pierre rouge.

Le palmier de la vierge, qui est l’oiseau d’hermès, c’est-à-dire le mercure, a, dès lors, trouvé sa renaissance dans le fu et de ses centres mêmes. Comme le dit René François, en son curieux ouvrage, essay des merveilles de nature et des plus nobles artifices, il s’est changé en un oiseau dix fois plus beau que l’autre. Voila pourquoi le mot grec foinix signifie, à la fois, rouge, oiseau fabuleux et palmier, et pourquoi encore le dieu Mercure est souvent représenté avec le caducée d’une main et le phénix de l’autre.

C'est l'oiseau d'Hermès par excellence qui représente parfaitement la pierre philosophale elle-même dans sa coloration rouge vif obtenue après sa rubification. Cet oiseau fabuleux "qui renaît de ses cendres" trouve d'ailleurs son symbolisme confirmé par l'étymologie grecque "foinix" qui signifie rouge.

Le griffon

Version historique

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Un griffon tout à fait conforme à cette description des « Proprietez des Bestes » : « le griffon tient de beste et d'aizcau corps de lyon: d'aizeau quant à la teste, car il a teste d'aigle et pareillement les grifz. Le griffon est une de beste quant au corps, car il ha le beste à quatre piedz qui a les grifz si grans et si amples qu'il en enlixet homme tout armé par le corps comme ung esperonnier».

La pose de cet animal fabuleux — patte levée et posée en avant, ailes redressées, queue levée qui s'allonge dans un angle — rappelle certains partis de stylisation, précédemment remarqués. On sait l'origine antique du griffon qui passa dans l'art hellénistique, fut adopté par l'art gallo-romain, se retrouve dans les manuscrits carolingiens et devient un des motifs les plus courants de l'art roman. Le caractère de stylisation du nôtre permet de le rapprocher de celui d'un vitrail de la fin du XIIe siècle à Saint-Denis. La netteté des contours tracés avec décision et l'allure héraldique permettent aussi de le comparer à l'aigle du vase du trésor de Saint-Denis.

Version alchimique

Vraiment remarquable, cette sculpture, rarement traitée de cette manière, nous offre, avec l’image du griffon, le symbole de l’union, dans un même corps, du fixe et du volatil. Voilà pourquoi cet animal fabuleux, qui amassait, au fond de ses cavernes, l’or charrié par le phasis, fleuve de colchide, possède la tête, la poitrine et les ailes de l’aigle, avec la croupe du lion. Il est d’ailleurs issu du combat que se livrent les deux natures, au commencement du travail, et à la suite duquel naît le mercure astral, porteur de la griffe. Cette griffe, c’est-à-dire cette empreinte, ce scel, est le signe certain de l’accord parfait établi, entre les éléments contraires, entre la matière et l’esprit.

Le griffon est un animal qui possède la tête et la poitrine d'un aigle et le reste du corps d'un lion. C'est la parfaite image de l'union du fixe et du volatil, du Soufre et du Mercure si l'on préfère. C'est à proprement parler l'union des "deux natures" obtenue au cours du Premier Œuvre alchimique. Il est très farouche et se laisse difficilement approcher, mais il défend et protège celui qui sait gagner sa confiance. A travers les mythes et les légendes, il a toujours été présent pour aider à lutter contre les forces maléfiques.


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