L’alchimie et les stalles de la cathédrale de Poitiers - Partie 6

Les stalles de la cathédrale de Poitiers proposent un panorama riche du travail du grand œuvre. Pourtant, rares sont les alchimistes à les avoir étudiées, privilégiant à grand renfort de publications diverses et variées les sculptures de la Cathédrale de Paris ou de Chartres. Eugène Canseliet est l’un des rares à avoir laissé un témoignage à leur propos qui va nous servir, entre autre, à l’analyse de ces sculptures.


Formation alchimie cathédrale

La Vierge

Version historique

Les ailes et les bras de l'ange porteur de couronnes qui occupait primitivement cette place, se voient encore de chaque côté d'une charmante statuette de Vierge, qui a été posée sur une console. Nous ne savons quelle est l'origine de cette statuette, ni à quel moment elle fut placée dans cet écoinçon. Cette petite Vierge assise, couronnée, inclinant la tête et souriant à l'Enfant Jésus, qu'elle porte sur son bras gauche — est proche parente de celles qui, dans la première moitié du XIVe siècle, sortirent des ateliers d'ivoiriers parisiens et se répandirent par des imagiers provinciaux. Notre toute la France, où elles furent copiées que celles d'ivoire : c'est la même Vierge porte le même costume couronne posée sur le voile, à plis nombreux, tombant à peine jusqu'aux épaules. Ce charmant groupe n'est point intact: la couronne a quelques fleurons cassés, en partie ; quant à l'Enfant Jésus, son bras droit la main droite est brisée comme l'expression des physionomies le manque, et nous ignorons si, pourrait faire supposer, il ne tendait pas le bras vers sa mère en un geste caressant. L'expression de sa physionomie souriante a bien le charme de l'enfance, ce qui est rare à cette date où beaucoup d'enfants Jésus ont un aspect vieillot ; on peut le comparer à celui que tient la Vierge de la collection Martin le Roy.

Version alchimique

Cette vierge à l’enfant est toute symbolique dans le déroulement des stalles. Si l’on suit la logique, il ne devrait pas y avoir ici de symbole car une sur deux est réservé aux anges porteurs de couronnes. On y voit bien en effet les deux mains des couronnes mais le milieu est tout différent. Les commentateurs historiques y voient une raison simple : le sculpteur se serait trompé et aurait « récupéré » la sculpture en y intégrant une marie et son fils.

Eugène Canseliet nous précise que « sous l’égide de ces deux grandes ailes étendues, la Vierge Marie, couronnée et souriante, enseigne l’Enfant-Jésus, avec une bienveillance maternelle. L’attention de son divin fils semble être retenue également, par ces ailes gigantesques, lesquelles soulignent la prépondérance de la matière légère et volatile dans le Grand Œuvre et sont l’expression hiéroglyphique du célèbre apophtegme alchimique : le vent l’a porté dans son ventre ».

La signification des deux mains et des deux couronnes sera étudiée dans l’article de blog consacré aux anges. Ce que l’on remarque ici, et ce qui est indéniable, c’est l’aspect des deux protagonistes, très rares à se regarder ainsi. C’est la représentation de l’enfant créateur, la contemplation réciproque des deux éléments qui sont parvenir à se réaliser. C’est la pierre philosophale qui est enfin apparue, qui est née de la conjonction des différents principes que l’alchimiste s’est efforcé d’unir.

La Chauve-Souris

Version historique

Stage alchimie cathédrale

Les Bestiaires mentionnent cet animal ; toutefois nous croyons que l'imagier n'a point subit l’influence de la littérature scientifique du moyen âge, mais qu'il a simplement observé que la silhouette triangulaire de la chauve-souris, quand elle déploie ses ailes, s'inscrit parfaitement dans un écoinçon formé d'un segment de ligne droite et de deux segments curvilignes. C'est certainement cette raison qui explique la présence d'une chauve-souris dans un écoinçon de l'arcature de la partie inférieure de la clôture nord du chœur de Notre-Dame de Paris, arcature d'architecture identique à celle des stalles de Poitiers, et, au XIVe siècle, dans un écoinçon des dossiers des stalles de Saint-Benoît-sur-Loire.

Certainement l'imagier qui exécuta notre chauve-souris ne devait se fier qu'à sa mémoire :ainsi s'expliquent les singulières erreurs anatomiques qu'il a commises et qu'il eût évitées s'il avait travaillé d'après nature, soit directement soit au moyen de croquis fidèles.

Version alchimique

Tuer le vif et ressusciter le mort. « Ce vampire symbolise le métal que la fusion et la réduction ont tué et qui reprendra sa vie du mercure pur et spirituel, issue de la matière première. C’est le symbole du mercure philosophal.

Le Chat et le rat

Version historique

voyage initiatique alchimique

Un chat enfonce ses dents dans le cou d'un gros rat. Si le motif traité de manière à utiliser la surface de l'écoinçon-les queues effilées vont symétriquement occuper les angles supérieurs — les anatomies défectueuses des deux animaux sont d'une exécution très médiocre.

Le XIIIe siècle a parfois trouvé dans la vie des animaux des sujets charmants parla naïveté de l'observation ; les quadrilobes des soubassements des cathédrales de Rouen et de Lyon en renferment un certain nombre.

Version alchimique

Nous avons ici le symbole alchimique de ce que recherche l’alchimiste : la création de l’or philosophal avec les deux syllabes ici représentant carat, employé pour désigner l’appréciation du degré de pureté de l’or métallique. Le chat est le symbole d’Osiris, le soleil pour les Egyptiens. « La force spirituelle et ignée, diffuse dans le chaos, dévorera, consumera son semblable terrestre, le soleil philosophique ou souffre, enseveli dans son obscur prison ». Le Ra est également, ici toute la subtilité de l’écoinçon, le chat divinisé.

Masque d’homme

Version historique

voyage initiatique alchimique

Une grande tête d'homme, de face, aux cheveux cachés par une étoffe qui enserre le visage, aux moustaches tombantes et à la longue barbe effilée, est entourée de belles feuilles d'arum, qui s'allongent dans les angles supérieurs de l'écoinçon.

Version alchimique

Il s’agit d’une tête lunaire qui est couverte d’une sorte de capuce et ressemble à celle d’un bouffon, lequel n’est autre que le mercure, le véritable fou du Grand Œuvre. Tout autour se trouvent les feuilles de la plante Arum avec une floraison qui se produit au printemps et que l’on trouve dans les milieux humides et sombres. Elles reflètent la qualité frigide du principal agent du travail et souligne l’état aqueux.

« Si la moustache tombante et la barbe effilée donnent un aspect fluant à ce chef en boule, elles n’en conservent pas moins le symbolisme igné qu’elles possèdent en hermétisme ».

Dragons

Version historique

stage formation alchimique

Deux dragons, de même espèce — têtes de canin aux oreilles dressées, pattes armées de grandes griffes, ailes d'oiseau et queues de serpent — sont placés l'un devant l'autre et entrecroisés; ils retournent leurs têtes menaçantes qui se trouvent affrontées; leurs queues, nouées, s'allongent dans les angles supérieurs de l'écoinçon. Nous verrons les artistes de nos stalles diversifier ce thème.

Version alchimique

Ces deux dragons, prêts à l’attaque, ont l’extrémité de la queue nouée, et offrent ainsi une étrange particularité qui ne saurait manquer d’attirer l’attention du chercheur. Suivant l’allégorie chère à Flamel, dans son livre des figures, ces monstres symbolisent les deux natures contraires, mises en présence. L’un des deux dragons, d’ailleurs, semble bien être aptère (sans ailes, celui du second plan).

L’intérêt de la scène réside dans les nœuds, qui rappellent celui du chariot de Gordius. On sait qu’Alexandre se tranvant en Phrygie et ne pouvant délier la lanière qui retenait le joug au véhicule, en trancha le nœud de son épée. C’est là, pour l’alchimiste, malgré tout ce qu’il présente de brutal, le moyen idoine d’accomplir l’oracle. Bien qu’Alexandre, de cette manière, eût semblé éluder la difficulté, il reçut, selon la tradition mythologique, à cet égard, des marques surnaturelles de l’approbation et de la satisfaction des dieux.


Le centre de formation de l’Ermitage propose des découvertes alchimiques et initiatiques des principaux lieux énergétiques en France, que ce soit à travers les cathédrales comme les cathédrales de Paris, Poitiers, Chartres ou Bourges, le Mont Saint-Michel, Carnac, Rocamadour… Ces voyages initiatiques sont également complétés de Formations et stages en Alchimie, magnétisme, Géobiologie, Radiesthésie et portées sur l’analyse des âmes.