L’alchimie et les stalles de la cathédrale de Poitiers - Partie 3

Les stalles de la cathédrale de Poitiers proposent un panorama riche du travail du grand œuvre. Pourtant, rares sont les alchimistes à les avoir étudiées, privilégiant à grand renfort de publications diverses et variées les sculptures de la Cathédrale de Paris ou de Chartres. Eugène Canseliet est l’un des rares à avoir laissé un témoignage à leur propos qui va nous servir, entre autre, à l’analyse de ces sculptures.


Voyage initiatique alchimique

Dragon Amphisbène

Version historique

De profil, un animal fantastique, composé de deux avant-trains de quadrupèdes, repose sur des ondes. On sait que les premiers les Orientaux composèrent avec deux avant-trains d'animaux réunis des chapiteaux, qui inspirèrent les miniaturistes occidentaux. Il faut, en outre, noter les analogies de notre motif avec certaines figurations du dragon amphisbène.

Version alchimique

Si la version historique parle de Dragon amphisbène, on y remarque davantage des chiens amphisbène. Il s’agit ici d’un animal fantastique qui repose très nettement sur de l’eau, symbolisée par les lignes sinueuses creusées dans le bois. Un être avec le même corps et deux parties, représente bien un symbole qui est identiques mais avec deux visages. « on sait que le chien était un des emblèmes de Mercure, et spécialement consacré à ce dieu. Il s’agit donc ici d’un mercure double, de cet embryon métallique, déjà très pur, que les alchimistes pêchent dans leur mer (mère) et auquel ils ont donné le nom de rébis ».

En effet, tous ceux qui ont commencé à travailler avec un creuset, sur l’alchimie minérale, se sont rendus compte que lors de la fonte des métaux, et de certains en particulier, ils se transformaient en une forme de mer qui reflète la lumière extérieure, que l’on peut assimiler au mercure, à la fois brillant et liquide. Lorsque le mélange est effectué, nous avons bien à faire à un double mercure, renfermant à la fois les principes contraires pour donner naissance à la quintessence des choses, à l’origine des choses, au but de l’alchimie.

Les lutteurs

Version historique

stage alchimique

Deux hommes se tirent l'un l'autre par la ceinture ; ils portent la cotte et ont « des chausses semellées » montant au-dessus du genou ; celui de droite — dont la tête cache celle de son adversaire -est coiffé de la cale d'étoffe fine attachée sous le menton par des cordons et laissant paraître sur le front et sur la nuque les cheveux enroulés.

Pour les écoinçons que nous avons vus plus haut, l'imagier avait su faire choix de sujets susceptibles d'occuper complètement la surface réservée à la sculpture. La représentation des « Lutteurs » ne permettait pas d'utiliser les deux angles supérieurs, alors que dans le bas la place devait manquer; c'est pourquoi l'homme de gauche plie le genou et pose une jambe contre la moulure de l'arcature, position fort illogique pour lutter.

Ce thème des lutteurs est « fréquent depuis le XIe siècle, tantôt sur des « plaques encastrées dans la façade des églises, tantôt sur des chapiteaux où « il symbolisait peut-être la Discorde et dont il faudrait chercher le type « initial dans les jeux du cirque des diptyques consulaires et des ivoires « byzantins, souvent copiés sur les coffrets arabes et passés sans autre « importance que leur valeur décorative dans les ateliers romans. Dans l'art gothique, à quelques variantes près, consistant surtout dans le costume, la scène est toujours représentée de même. Les lutteurs de Poitiers, comme ceux de la maison gothique de Chartres, portent la cotte et les grandes chausses semelles.

Version alchimique

Il s’agit ici d’une figure classique de l’alchimie en lien avec une lutte, un combat pour parvenir à faire travailler ensemble les éléments contraires. « De même qu’au porche central de Notre-Dame de Paris, ces deux lutteurs, acharnés à se vaincre, figurent l’opération de la Conjonction, où les deux antagonistes métalliques, mis en présence, réagissent l’un sur l’autre avec violence. C’est cette lutte chimique, laquelle se termine par la victoire du mercure, que Nicolas Famel et Basile Valentin nous présentent allégoriquement ; le premier dans le combat de l’aigle et du lion, le second dans celui du coq et du renard ».

Nous sommes ici davantage dans la voie sèche, dans le travail des métaux, dans le combat pour le mélange du fixe et du volatil. Un des deux lutteurs, celui dont on voit la tête, dans un combat où l’on s’accroche à des habits qui se mélangent à la peau et en ressortent aux extrémités, enveloppe le volatil qui se fixe à l’intérieur du fixe.

Homme abatant un proc

Version historique

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Un homme, coiffé de la cale et vêtu d'une cotte courte, abat un porc avec le côté non tranchant d'une cognée ; un jambon est suspendu derrière lui.

Dans les occupations des mois sculptées à partir du XIIe siècle aux façades des églises, ce motif figure soit novembre soit décembre ; ici il n'a point de rapport avec ceux qui l'environnent.

Version alchimique

Nous sommes ici davantage devant un sanglier que devant un porc, au vu des oreilles courtes et dressées de l’animal. Son pelage hérissé en crêt sur son dos et la défense qui émerge de sa gueule confirme cette affirmation. « Au reste, la manière d’opérer de ce charcutier médiéval, que l’on prendrait plus volontiers pour un bûcheron, est non moins singulière que l’arme dont il fait usage. C’est avec une hache qu’il assomme le pachyderme affolé et il est utile de noter tout d’abord que cet instrument de fer était, chez les anciens philosophes, le symbole de leur feu secret.

Suivant les mythologues, c’était le sanglier qu’on sacrifiait à Diane, c’est-à-dire à la Lune. Peut-être en trouverait-on la raison dans le fait que cet animal établit toujours sa bauge dans les endroits boisés les plus sombres et les plus humides et qui ont, en somme, les deux qualités essentiellement requises à la parturition.

Si tous les lexicographes et encyclopédistes s’accordent à donner au mot sanglier l’étymologie latine singularis parce que cet animal mène une existence solitaire, ce qui n’est pas absolument vrai, combien celle que nous fournit la langue grecque est plus satisfaisante, au double point de vue philosophique et philologique : sanglier se rapproche beaucoup plus pour l’assonance et l’orthographe du vocable zanklê, qui vient dire faucille, que du latin singularis. Et la faucille n’a-t-elle pas la forme du croissant, que l’on voit sur le front de Diane, et sous les pieds de sa réplique chrétienne, la vierge Marie ?

Voilà donc bien pourquoi cette immolation de sanglier à la sœur d’Apollon trouve sa place et prend toute sa signification parmi les emblèmes hermétiques offerts par les écoinçons des stalles ». En effet les représentations de Diane sont très fréquents dans la littérature hermétique, comme peut en témoigner par exemple le Mutus Liber ou diverses autres représentations. L’on reconnaît bien toujours la tête de notre alchimiste qui travaille dans toutes les facettes de l’œuvre, dans la quête de cette alchimie humide qu’il tente de faire sécher comme en témoigne cette cuisse qui se trouve derrière lui.


Le centre de formation de l’Ermitage propose des découvertes alchimiques et initiatiques des principaux lieux énergétiques en France, que ce soit à travers les cathédrales comme les cathédrales de Paris, Poitiers, Chartres ou Bourges, le Mont Saint-Michel, Carnac, Rocamadour… Ces voyages initiatiques sont également complétés de Formations et stages en Alchimie, magnétisme, Géobiologie, Radiesthésie et portées sur l’analyse des âmes.

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